Le 25 mai 2013 dans Web to Store

Le Web to Store appliqué aux pharmaciens pour soigner leur avenir

pharmacie

Face à une érosion inédite de leurs chiffre d’affaires et dans un contexte d’évolution générale des pratiques médicales, les pharmacies françaises préparent leur mutation. L’un de leurs groupements, le Giphar, projette des officines plus grandes, moins nombreuses, et une vente à distance devenue inévitable.

A quoi ressembleront les pharmacies de demain ? Bousculé par une conjoncture économique difficile et par la volonté de l’exécutif de réduire les dépenses publiques, ce commerce de proximité devra lui aussi évoluer, et s’adapter pour que perdure la qualité du service délivré aux malades. En 2012, le marché des médicaments vendus en pharmacie a pour la première fois reculé, de 2,3% en valeur. Sa chute devrait s’accentuer cette année (-3,4%), selon les prévisions du cabinet IMS Health et représenter ainsi un chiffre d’affaires d’environ 20,2 milliards d’euros par an contre 21 milliards sur la période 2006-2011.

« La santé subit désormais le choc de la conjoncture. Dans le passé, l’industrie pharmaceutique était contre-cyclique. Or son financement public, qui était sa force, est devenu sa faiblesse », a expliqué le professeur d’économie parisien Claude Le Pen lors de la parution de l’étude de l’IMS Health en mars dernier. Ajoutons qu’actuellement, 47% des pharmacies voient leur chiffre d’affaires baisser selon les chiffres cités par le groupement de pharmaciens Giphar.

Moins de pharmacies, mais plus grandes

Dès lors, comment les officines doivent-elles évoluer ? Vaste question à laquelle les représentants du secteur s’intéressent pour essayer d’anticiper les mutations à venir et les évolutions à opérer. A ce titre, le Giphar, l’un des 12 groupements français de pharmaciens d’officine a livré ce 23 mai ses premières pistes.

D’une part, il juge le regroupement des officines « incontournable » et prévoit qu’elles seront un peu moins nombreuses mais d’une surface plus grande. « L’offre de services, la création d’espaces de confidentialité qui devront être multipliés au sein de la même officine vont demander plus de place » fait remarquer le groupement. Les pharmacies de campagne pourraient bien voir leur zone de « chalandise » s’étendre. Certains médicaments pourraient-ils être distribués en grande surface?

L’accompagnement et l’écoute primordiaux

Le groupement prévoit également un élargissement de la palette de services proposés : « Construire une forte proximité avec le patient dépassera celle entretenue aujourd’hui avec une simple officine. (…). Le dépistage, le diagnostic, le traitement et le suivi des patients nécessiteront des interventions à distance », note-t-il. Une évolution de service rendu consécutive à une loi parue en juillet 2009. L’accompagnement du patient sera plus que jamais primordial, d’autant que certains professionnels, dont le pharmacien et président du Giphar Jean-Michel Cloppet, considèrent que l’automédication accompagnée par le pharmacien est une réponse possible au désert médical.

En outre, le mode de rémunération des pharmacies lui aussi pourrait évoluer, c’est en tout cas ce qu’espère le Giphar considérant que le principe de la rémunération en lien avec le nombre et le prix des boîtes de médicaments vendues n’est plus cohérent avec une offre de médicaments génériques qui se développe. Un premier pas en ce sens, a déjà été franchi en ce sens l’an dernier avec la convention nationale signée le 4 avril 2012 entre l’Union nationale des caisses d’assurance maladie et les trois syndicats représentatifs des pharmaciens, instaurant un « honoraire de dispensation » égal à 25% de la marge commerciale des médicaments remboursés d’ici 5 ans. Sa mise en place s’effectue progressivement.

Déconnectée du prix du médicament, cette rémunération a pour but de « valoriser l’acte de dispensation » c’est-à-dire l’analyse pharmaceutique de l’ordonnance, la préparation éventuelle de doses à administrer et les conseils aux patients. « Quel est le prix de l’écoute ? S’interroge Jean-Michel Cloppet. Je ne sais pas mais il faudra bien qu’elle soit rémunérée » lance-t-il.

Commander sur Internet, retirer en pharmacie

Enfin, sujet prompt à générer le débat, la vente en ligne de médicaments serait inévitable. « On n’échappera pas au rouleau compresseur du e-commerce », considère Philippe Becht, délégué général Giphar, et ce bien que 80% des pharmaciens seraient contre un tel commerce. « On n’arrêtera pas Internet et les nouvelles technologies mais il faudra trouver la bonne méthode », poursuit-il. La marche à privilégier ? Peut-être le modèle « web-to-store » dans lequel le patient peut commander ses médicaments en ligne, et bénéficier d’une offre large à des prix concurrentiels, pour ensuite aller les retirer (obligatoirement) en officine.

C’est ce pari qu’a d’ores et déjà fait un autre groupement de pharmaciens, le PHR, qui a lancé le 16 mai dernier un portail sur ce modèle nommé mapharmacieservices.com. Le site agrège l’offre de 250 pharmacies. « Il faut faire du multi-canal », estime Jean-Michel Cloppet, prenant l’exemple du secteur de l’optique. Quelles que soient les directions prises, les pharmaciens ont intérêt à faire évoluer leurs officines afin de maintenir leur activité… et les emplois qu’elle génère. Les pharmacies françaises emploient environ 120.000 personnes en France, soit davantage que les entreprises du médicament (102.900 salariés).

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